L'evaluation des pierres de couleurs

Nous retrouvons dans l'évaluation des pierres de couleurs (aussi appellées gemmes, ou pierres fines) les mêmes critères qualitatifs que pour les diamants : la clarté, la couleur, le caratage et la coupe.

Pour les évaluations de pierres de couleurs, nous rajouterons deux critères essentiels : l'origine la pierre, et si la pierre a été traitée ou pas.

1. La clareté (ou pureté)

La clarté, c'est le nombre d'inclusions visibles à l'oeil nu, à la loupe ou au microscope, tant en surface qu'en profondeur. Par exemple, si aucune inclusion n'est visible au microscope X10, la pierre est qualifiée de "flawless". On attribuera comme pour les diamants un grade de pureté, de la meilleure Flawless (F) pour ceux ne présentant aucune caractéristique interne ou externe, à Included ( divisé en I1 et I2) pour les pierres contenant des inclusions évidentes même visibles à l'oeil nu.

Mais ces critères ne sont pas suffisant quand il s'agit d'estimer une pierre de couleur. Indépendamment de leur structure cristalline, il y a peu de pierres de couleur qui peuvent se former dans la nature sans aucun accident. Le processus de la formation de ces pierres est fréquemment accompagné de ces petites inclusions, que l'on peut considérer comme une caractéristique naturelle et un cachet d'authenticité. Il faut donc garder à l'esprit que des inclusions qui sont jolies, singulières ou intéressantes peuvent même accroître la valeur d'une pierre. 

Outre leur pureté, les pierres présentent une opacité qui dépend de leur composition chimique, de leur structure cristalline et des inclusions qu'elles contiennent.

Opaque : La pierre fine n'est pas transparente. L'agate, le jade et l'onyx appartiennent à cette catégorie.

Translucide : La pierre laisse passer la lumière, mais elle n'est pas transparente au point qu'il est possible de reconnaître des objets en regardant à travers elle. Des exemples de ces pierres sont l'opale de feu et le quartz rose.

Transparent : La lumière peut traverser la pierre sans entrave. Il est possible de reconnaître des objets à travers une gemme transparente. L'améthyste, le saphir et la tanzanite font partie des pierres transparentes. Comme la transparence et la brillance ont une influence directe sur la diffusion de la couleur, ces deux qualités jouent un rôle essentiel pour la détermination de la valeur d'une pierre transparente.

Certaines variétés présentent plus d'inclusions que d'autres. Ce n'est ni une qualité ni un défaut: c'est simplement ainsi qu'elles apparaissent dans la nature. Afin de pouvoir apporter un certain ordre parmi ces différences naturelles, le GIA (Gemological Institute of America) classe les pierres fines en trois types, relativement à la présence ou non d'inclusions :

Type I - On trouve ces gemmes à l'état extrêmement pur dans la nature ; normalement, elles ne présentent aucune inclusion visible à l'œil. (exemple : l'aigue-marine)

Type II - Les gemmes naturelles du type II présentent seulement quelques inclusions visibles à l'œil. (exemple : le rubis)

Type III - Ce type de pierre fine présente naturellement de nombreuses inclusions, qu'il est possible de reconnaître à l'œil, habituellement. (exemple : l'émeraude)

2. La couleur

Une pierre de couleur se définit avant tout gâce à sa couleur, sa tonalité et sa saturation. Ainsi, il vaut mieux avoir une pierre d'une couleur bien intense, bien saturée avec quelques inclusions plutôt qu'une de couleur médiocre avec une pureté supérieure. Certaines couleurs, ou certaines intensités de couleurs sont plus rares, plus belles, plus recherchées, et donc plus chères. La couleur peut faire varier de façon importante le prix d'une pierre, qu'elle soit traitée ou non. La couleur contribue à hauteur d'environ 50 % à la valeur finale d'une pierre.

Les couleurs ayant le plus de valeur sont déterminées par deux facteurs: la mode et la rareté. En général, les couleurs intenses sont préférées aux couleurs trop sombres ou trop claires. Mais il y a aussi des exceptions, comme l'améthyste rose de France qui était la pierre favorite de l'époque victorienne.

  • Pour simplifier les pierres se répartissent en deux types, quand à leur couleur :

Idiochromatique: un élément colorant est contenu dans la structure du minéral, c'est lui qui est responsable de la coloration caractéristique. A titre d'exemple, la teneur élevée en fer d'un péridot ( environ 10% de sa masse) est à l'origine des tonalités vertes de cette pierre.

Allochromatique: La couleur est le produit de petites quantités d'éléments colorants qui ne font pas partie intégrante de la structure cristalline normale, ou qui sont le résulat de dégauts dans le cristal. A l'état pur, les minéraux allochromatiques sont incolores. Sans éléments colorants, tous les saphirs seraient incolores.

Sur la plupart des objets, la couleur est produite par l'interaction avec la lumière. Ce sont les variations des couleurs composant la source lumineuse qui fait qu'une gemme a une apparence différente dans des conditions d'éclairage différentes. Même une différence minime au niveau de la source lumineuse peut entraîner une modification importante de notre perception de la couleur d'une pierre. Dans des cas extrêmes, ceci produit l'effet du changement de couleur. Dans l'idéal, les couleurs d'une pierre fine doivent être belles quelles que soit les conditions d'éclairage.

  • La couleur comprend les trois composantes suivantes :

La teinte : La position de la couleur sur le cercle chromatique. La teinte est appelée ton, nuance ou impression de couleur.
La clarté : Indique si une couleur est claire ou sombre, et à quel degré.
La saturation : L'intensité (la force ou la pureté) d'une couleur.

Même s'il existe différents systèmes spécialisés pour la gradation de la couleur dans le secteur de la bijouterie, il n'existe pas contrairement aux diamants de norme standard pour la description de la couleur des pierres de couleurs. Ceci est principalement dû au fait que les gemmes de couleur sont perçues de façon très subjective. C'est la raison pour laquelle les vendeurs ont développé depuis leur propre système, par exemple la désignation :

AAA : Excellente intensité uniforme.
AA : Très bonne intensité uniforme.
A : Bonne intensité dans l'ensemble.

3. Le caratage

Le carat est l'unité de mesure qui permet l'évaluation du poids des diamants et des pierres de couleur. Un carat équivaut à 0,20g . La valeur d'une pierre est exponentielle et non proportionnelle par rapport à son poids. Autrement dit une pierre de 2,00 ct aura une valeur plus élevée que deux diamants de 1,00 ct chacun de même qualité. Ceci est du au fait qu'il soit plus rare de trouver des pierres de poids important. Il existe également des phénomènes de paliers à partir desquels la valeur grimpe subitement. En raison de leurs différentes propriétés optiques, il n'y pas, pour les pierres fines de couleur, une taille uniforme idéale comme la « taille brillant » des diamants. Le style, la taille et la forme dépendent toujours du type, de la forme et de la qualité de la gemme brute.

4. La coupe

Le tailleur doit fréquemment trouver un équilibre entre des considérations esthétiques d'une part, et commerciale de l'autre avec par exemple la conservation du poids en carat. Sur chaque gemme, le tailleur essaye de trouver le meilleur compromis entre l'apparence et la grosseur, la valeur de la gemme terminée dépendant également du poids. Si l'on souhaite conserver l'angle critique d'une pierre (c'est-à-dire l'angle de réfraction maximum), on obtient souvent inévitablement une pierre de plus petites dimensions. Si au contraire on accepte d'avoir une culasse légèrement bombée, la gemme ne présentera sans doute pas sa brillance maximum, mais son poids sera plus élevé. Quelle que soit sa forme finale (ronde, octogonale, ovale, poire, coeur, marquise, etc.), la précision de la taille, la finesse du polissage et le respect des proportions de la pierre sont autant de critères d'appréciation de la valeur d'une pierre. La forme n'est que question de goût, de mode et de bijou pour lequel la pierre est destinée. La qualité de la taille prévaut.

5. Le pays d'origine

Il y a un cinquième « C » qui revêt de l'importance : le pays d'origine. Comme pour les marques de vêtements de sport, les pierres gemmes possédant un arbre généalogique riche en histoire et en légende sont parfois considérées comme ayant plus de valeur que les pierres ne faisant état d'aucune racine dans le passé. Toutefois, ce n'est pas toujours le cas : on peut citer comme exemple le cas de la tourmaline de Paraïba, qui a été découverte en 1989 seulement, et jouit d'une popularité sans relation avec son histoire récente.

En principe, le pays d'origine n'est pas une indication de qualité. Dans tous les gisements, on trouve des pierres de bonne et de mauvaise qualité. Bien entendu, quelques sources sont réputées produire plus de gemmes de haute valeur que d'autres. L'indication de l'origine est donc également une indication de qualité. Ce n'est toutefois qu'une indication, pas une règle absolue. Les saphirs du Sri Lanka, par exemple, ne sont pas tous d'une qualité leur permettant de mériter l'appellation de « saphir de Ceylan ». L'origine est un critère intéressant qui peut tout à fait contribuer à rendre une pierre plus attractive, mais qui ne fera pas souhaiter posséder une pierre si on ne la trouve pas belle.

6. Les traitements

Une pierre de couleur exige souvent un traitement pour rehausser sa beauté et sa couleur. C'est une pratique acceptée par toute l'industrie de la joaillerie et de la bijouterie, est devenue une étape quasi-incontournable. Une Zoïsite brune-verdâtre chauffée à 600 degrés devient une magnifique Tanzanite d'un éclatant bleu-violet. Si ce traitement n'existait pas, il n'y aurait tout simplement pas de Tanzanite en bijouterie ! Mais il s'agit également de faire face à la demande mondiale. Par exemple, les saphirs naturels, non traités, répondant au standard de la bijouterie sont aujourd'hui extraits en nombre largement inférieur à la demande du marché. Un simple traitement par la chauffe permet d'obtenir une qualité supérieure en nombre suffisant. Le traitement tel que la chauffe d'une pierre ne date pas d'aujourd'hui mais de plusieurs siècles.

Si certains traitements sont acceptés universellement, d'autres sont à la limite de la légalité, notamment lorsqu'ils affectent la dureté ou lorsqu'ils sont destinés à rendre belle une vilaine pierre, souvent à l'aide de colle ou de résine colorée injectée sous pression ou d'une chauffe excessive avec additif.

L'évaluation d'une pierre permettra de vérifier si elle a été traitée et si le procédé utilisé est conforme aux standards utilisés dans le secteur de la joaillerie et de la bijouterie. Il est important de garder à l'esprit qu'un rubis ou un saphir naturel non traité, à clarté, couleur et poids comparables, sera toujours toujours plus cher compte tenu de leur rareté. Plus de 90% des rubis et saphirs destinés à la bijouterie sont chauffés, et donc traités.