La bataille de l'or: un acheminement rocambolesque

La bataille de l'or: un acheminement rocambolesque Jusqu'à la fin du XXème siècle, la crédibilité des états en matière d'échanges internationaux était proportionnelle à la quantité d'Or dont ils disposaient dans leurs coffres afin de garantir le crédit accordé à leurs monnaies et en justifier les taux réciproques. De ce fait, lors des conflits entre états, essayer de s'emparer des réserves en métal jaune de l'ennemi était un exercice largement pratiqué et souvent très rentable !

Lorsque l'on évoque la « bataille de l'or » on se réfère généralement aux opérations d'évacuation de l'or de la Banque de France en 1940. Le 15 juin 1940, alors que la défaite était consommée et l'armistice signé, quatre officiers allemands se présentaient au siège de la Banque de France à Paris pour s'enquérir de la présence des dépôts en Or et devises supposés être entreposés dans la « Souterraine », nom donné aux sous-sols de la banque. Une visite rapide devait les convaincre que ces sous-sols étaient désespérément vides de toute valeur.

Mais si les Allemands n'ont pas réussi à s'emparer de cet or, c'est que les conditions de cette évacuation avaient été préparées depuis longtemps. Dès 1930, une « Instruction Générale » était élaborée par la Direction de la Sureté Générale du Ministère de l'intérieur détaillant les mesures de sauvegarde à prendre en cas de guerre dans les parties du territoire exposées aux atteintes de l'ennemi. Dès 1932 la décision est prise de réorganiser les succursales de province en désignant celle les moins exposées aux atteintes d'un envahisseur, à moins de 300 kilomètres d'une côte comme Caen, Saint Malo, Brest, Nantes, Angers, Saumur et dans certains comptoir du centre de la France comme Moulin, Vichy, Bourges et Limoges. C'est ainsi en 1936, pour l'essentiel, que la répartition de l'or en province sur le territoire était achevée par route et par chemin de fer (plus de 600 tonnes). Cependant à cette date, la plus importante partie de l'or se trouvait toujours à Paris avec 1 500 tonnes évalué à 52 milliards de francs (de l'époque).

Mais au printemps 1940, après la percée des armées allemandes, ces précautions sont insuffisantes. Une évacuation outre-mer est alors organisée auxquelles s'ajoutent 230 tonnes d'or belge et polonais. A la vérité le magot français a bien maigri depuis septembre 1939. Plus de 800 tonnes d'or ont déjà gagné New York pour régler les achats réalisés dans le cadre du « Cash ans Pay » (payer comptant et prendre livraison sur place). Les navires français arrivent avec l'or et repartent avec les canons, les mitrailleuses et les avions. Parfois trop tard, comme le Béarn et la Jeanne d'Arc : arrivés fin mai 1940 à Halifax avec 299 tonnes d'Or à bord, ils chargent aussitôt 110 avions, mais, quand ils approchent des côtes françaises, l'armistice va être signé et ils sont alors détournés vers la Martinique, où les appareils rouilleront au sol.

Restent, fin juin 1940, à la veille de l'armistice, quelque 1 260 tonnes d'or à évacuer, dont l'essentiel est à Lorient et dans le Fort de Portzic, près de Brest. Elles sont chargées, du 16 au 19 juin, sur des bateaux civils réquisitionnés, alors que la Lufwaffe mitraille le port. Les navires partent à la veille de l'arrivée des troupes allemandes et gagnent Casablanca puis Dakar, d'où le trésor gagne par chemin de fer Kaynes, au Soudan Français. Il y restera toute la guerre.

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